3- Famille Le Mastin (1400-1680)

Le 12 mai 1399 (10) Gilles Le Mastin, fils de Jean, épousait la dernière des filles de Pierre de Beaumont seigneur de Nueil et du Bois-Charruyau par contrat passé devant Dalibert notaire à la cour de Mauléon.
Ces seigneurs Le Mastin intéressent en premier lieu l’histoire de La Favrière puisque ce sont eux qui, pendant prés de deux siècles, apportèrent à la suite des Beaumont toutes les richesses architecturales au site étudié, notamment la galerie Renaissance.

LA MATINIÈRE ET L’ABBAYE DE FONTEVRAUD

La famille Le Mastin était présente en Poitou depuis au moins le milieu du XIVe siècle. Etait-elle originaire de la région ou, comme l’ont avancé certains, venue d’ltalie où elle aurait possédé la principauté de Veronnes ? Difficile de le préciser et s’il n’est guère possible pour l’heure d’étudier cette dernière hypothèse, la première en revanche doit être remise en cause. Célestin Port indique en effet (11) qu’il existait à Turquant, près de Saumur, une terre qui portait le nom de son propriétaire : La Mastinière. Et c’était un dénommé Pierre Le Mastin qui habitaité vers 1360 La Mastinière relevant de Sablé. Il possédait également l’île de Vannes. En 1361, il se donna, lui et tous ses biens, a frère Jean de Besse, prieur de Saint-Laurent à Notre-Dame de Fontevraud, l’abbaye toute proche (12). On peut ainsi penser qu’une branche des Le Mastin vint de Turquant pour s’installer en Poitou avant ou suite à cette cession.

Cette implantation se serait faite vers 1320, date à laquelle on rencontre le premier Le Mastin seigneur de La Rochejaquelein, soit quelques années seulement avant la donation de Pierre Le Mastin a Fontevraud. Il s’agit de Gilles I Le Mastin, époux d’une certaine Marie-Anne de Beaumanoir (13). Les Le Mastin s’installent donc à Voultegon dans le manoir de La Rochejaquelein qui aurait appartenu avant eux a un dénommé Hardouin Le Brun (14). Ce dernier resta seigneur de Voultegon jusqu’en 1351, date a laquelle les Le Mastin prirent sa succession à la tête de la paroisse. Pierre, différent de celui de Turquant, rendit hommage du domaine de Voultegon en 1337. Il avait épousé une certaine Valère de Chateaubriand (15), veuve en premières noces de Jean de Noirterre (16). Leur fils Jean devint à son tour
seigneur de La Rochejaquelein. Deux ans après avoir épousé Colette Massoteau (17) le 19 juillet 1375, Jean reçut de Jean Broussault, dit Cardinal, l’hébergement de Champoiseau près de Coulonges-Thouarsais (18).
Le seigneur de La Rochejaquelein détenait déjà non loin de là, a Geay, une terre appelée Giraudière et une autre au Fief-L’Évêque (19). Par cette nouvelle transaction Jean Le Mastin augmenta un peu ses richesses. Mais c’est surtout son fils aîné Gilles II qui allait à sa suite largement faire fructifier les biens
de la famille.
Toutefois, ce n’est pas surtout en devenant l’époux de Jeanne de Beaumont que Gilles augmenta l’étendue de ses terres, mais par divers partages qu’il fit avec d’autres membres de sa famille, notamment avec Jean du Vergier (20) son cousin, puis avec Christophe du Vergier, fils de ce dernier, à la suite de la mort de Jean Massoteau. En 1423, Gilles possédait ainsi en plus des biens laissés par son père un quart de la grande Dîme de Coulonges-Thouarsais, le village de La Jaquelinière, un pré et une

maison à Bressuire (21). Jeanne de Beaumont avait renoncé à la succession de son père et de sa mère en faveur de son frère Hugues. En échange elle bénéficiait d’une rente de 25 livres à prendre sur une terre de la paroisse de Chanteloup. Peut-être s’agissait-il déjà a cette époque du fief de l’Etrie sur lequel
s’élevait, dit-on, un château. Quoi qu’il en soit, outre la maigre rente de Chanteloup, Jeanne apporta aussi a son époux les terres de La Véralière des Aubiers situées à proximité de La Vacherasse et L’Oriolière dépendant de la même paroisse.

LES PREMIERS TRAVAUX

La mort du père de Jeanne et de son frère Hugues permit à Gilles ll d’accroître encore ses richesses. Et c’est sans doute au cours d’une de ces multiples transactions qu’il fit avec Eutesse de Beaumont, sœur de Jeanne, puis avec Jean de La Haye-Passavant, seigneur de Chemillé, que Gilles Le Mastin reçut
l’hôtel de Nueil déjà dénommé La Favrière (22). Cet hôtel appartenait auparavant à Hugues de Beaumont son beau-frére.
Jeanne Chaperon, sa veuve, s’étant probablement remariée avec Jacques du Plessis, ce seigneur conservait des droits sur La Favriére. Le 29 juin 1445, Jean, fils de Gilles Le Mastin, régla définitivement le problème de succession et transigea avec Jacques du Plessis. Ce dernier lui céda les droits qu’il avait sur l’hôtel de Nueil-sous-les-Aubiers devant Beruyer, notaire à la cour de Bressuire. Dés lors, La Favrière se trouva entre les mains des Le Mastin. Elle allait le rester jusqu’en 1663.
Presque aussitôt, Jean Le Mastin qui était avec son frére Guillaume écuyer du seigneur de Bressuire (23), Jacques de Beaumont, entreprit de restaurer le manoir de Nueil. A cette époque, l’édifice n’avait rien de commun avec ce qu’il est aujourd’hui. La galerie, c’est une certitude, n’existait pas, mais il est aussi probable que les fortifications, le pavillon carré et l’ensemble du logis ont été édifiés seulement dans la deuxième partie du XIVe siècle. Que reste-t-il alors pour l’époque antérieure ? Peu de choses si ce n’est au moins un nom de lieu : Favrière. 0n peut bien sûr lui trouver une racine latine (faber), avancer qu’au
temps des gallo-romains le site était occupé par un forgeron : l’eau ne manquait point et du mâchefer, résidu de la forge, abonde dans les caves du château. Cependant il semble fort hasardeux d’imaginer une occupation aussi ancienne même si Nueil recèle, à l’instar de nombreux autres lieux, quelques vestiges antiques (24). A ce titre, la voie romaine répertoriée sur les cartes IGN (25) passait non loin de La Favrière et la carte de Cassini montre bien que le chemin sortant du village se dirigeait directement vers cette route. Mais cela ne prouve pas une implantation gallo-romaine. Le nom de Favrière a tout simple-
ment pu être donné par ses anciens propriétaires à une époque où l’usage de la langue latine n’était pas hors du commun.
Ce qui est certain en revanche c’est que le site de La Favriére, qui s’écrivait alors Favrère, existait bel et bien en 1315 comme l’atteste une note retrouvée parmi les archives de La Durbelière.
Au cours du XV° siècle, alors même qu’à Bressuire s’élevait l’élégante et lumineuse silhouette d’un château entièrement rénové, les seigneurs de La Rochejaquelein de leur côté s’activaient pour rendre vivable le manoir de La Favriére. Ils firent construire des cheminées en granit (26) dont l’une est presque
la réplique parfaite d’une des cheminées du château de Bressuire commandée par Jacques de Beaumont (27). Ils élevèrent un pavillon carré abritant un escalier monumental débutant sous un magnifique arc à anse de panier mouluré. De nouvelles ouvertures à double croisée et fenêtres à meneaux furent percées sur les façades. Le logis devait alors également comporter sur sa face Ouest une tour ronde, aujourd’hui disparue, comme en témoignent les traces de portes découvertes dans le mur lors des premiers travaux de restauration en 1987. Il est probable qu’il existait aussi une tour sur la façade Est, mais l’interprétation des traces est plus périlleuse dans ce dernier cas. Au moment ou le premier seigneur de La Rochejaquelein vint habiter a La Favrière. des fortifications furent élevées tout autour de la seigneurie.

En 1623 Claude Le Mastin meurt. Son fils aîné Charles l’a devancé, quatre ans plus tôt. La Favrière passera ensuite entre plusieurs descendants jusqu’à atterrir entre celles de Charlotte LE MASTIN (-1672), soeur d’Henri Le Mastin, et épouse (en 1660) de Charles AUDAYER. A la fin du XVIIe on peut estimer que La Favrière valait 60 000 livres. C’est en tout cas en échange de cette dette que Charlotte Le Mastin a reçu la maison noble qui se trouve à Nueil. Elle sera, à notre connaissance, la dernière de la famille LE MASTIN à posséder La Favrière. Ils en seront restés propriétaires plus de 250 ans !

Notes :

(10) Selon Beauchet-Filleau, la date de ce mariage serait approximative, voire
inexacte (la plupart de nos renseignements sont tirés du Dictionnaire de Beau-
chet-Filleau).

(11) C. Port: Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-
Loire. Angers, 1978 (rééd.), tome II, articles « Lenay », p. 355, « La Matinière ››, p.
422.
(12) Patricia Lusseau : L’Abbaye royale de Foritevraud aux xvff et XVIIIe siècles,
Maulévrier, éd. Hérault, 1986. La Mastinière: pp. 79, 168, 204, 213. Après le don
fait à l’abbaye par Pierre Le Mastin, La Mastinière devint le principal vignoble de
l’abbaye et fut unie à la mense abbatiale en 1451.
(13) Beauchet-Filleau, qui cite l’Annuaire de la noblesse, précise à ce sujet dans
son dictionnaire : « sans preuve ». Les de Beaumanoir sont peu répandus dans la
région. Néanmoins on trouve quelques alliances qui autorisent la rencontre entre
Beaumanoir et Le Mastin. 1° Olivier de Clisson, comte de Penthièvres de 1388 à
1407, avait épousé après 1366 Marguerite de Rohan, veuve de Jean III de Beauma-
noir dont elle avait eu Jehanne de Beaumanoir. Elle mourut en 1406. Olivier de
Clisson était seigneur du Deffends à Montravers, qui relevait de la baronnie de
Mauléon. Le Deffends était une puissante seigneurie qui avait notamment juridic-
tion sur une portion considérable de la paroisse de Nueil-sous-les-Aubiers: 2°
Jean III de Beaumanoir, dit « Bois ton sang ››, cité précédemment, avait épousé en
premières noces ‘Pyphaine de Chemillé, en Anjou. Il était désigné comme chevalier
de La Tour-Landry (Sources « Jehan de Beaumanoir ››, Ligugé). En outre, deux sites
portent ce nom en Maine-et-Loire, respectivement à Angers et à Saint-Germain-
sur-Maine (cf. C. Port, op. cit.).
(14) Avant 1350, le logis appartenait à une famille Le Brun puis aux Le Mastin,
jusque vers 1523, époque du mariage de Renée Le Mastin et de Guy du Vergier, fils
du seigneur de Ridjeu à Beaulieu-sous-Bressuire. Les du Vergier reçoivent le
manoir de La Rochejaquelein et ajoute le nom du site a leur nom de famille.

(15) Beauchet-Filleau précise une fois encore: «sans preuve ››. avec la mème
source, L’Annuaire de la Noblesse. On trouve en Maine-et-Loire plusieurs lieux por-
tant le nom de Chateaubriant, à Bouchemaine, Neuillé et un château à Sainte-
Gemmes-sur-Loire (cf. C. Port, op. cit.). _
(16) D’après Dom Fonteneau, Valère de Chateaubriant aurait eu des enfants du
premier lit, d’où la transaction avec Jean de la Forest. En outre, un Guy de Noir-
terre était vers la fin du Xllle siècle l’époux d’une fille de Pierre de Beaumont,
Denise.

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